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Cadres : laissés pour compte de la SST ?


Publié le 3 avr. 2014 10:40:00

 

Le saviez-vous ? Un cadre fait en moyenne 0,8 seconde de grève par an ? Leur nombre a plus que doublé depuis les années 1980 ? Les cadres sont plus syndiqués que la moyenne ? L'écart salarial entre les ouvriers et eux n’est plus que de 1 à 2,7 (contre 1 à 4 dans les années 1960) ? Ils sont de plus en plus nombreux à être en arrêt maladie ? Ils ont plus de problèmes d’alcoolisme que les employés ? Ils se plaignent du « management Excel » ? Etc... C'est en partant de ce constat que le sociologue Denis Monneuse a décidé de donner la parole aux cadres *. Et cela met à mal quelques mythes...
"A l'occasion d'entretiens réalisés lors de mes missions de conseil, j'ai rencontré de nombreux cadres qui, au-delà du discours convenu sur leur soutien à leur hiérarchie et leur adhésion à la stratégie de leur entreprise, tenaient un discours très virulent sur leurs conditions de travail et leur perception de leur mission de manager, explique Denis Monneuse dans un entretien accordé à Pic. Ils jouissent dans les faits d'une liberté de parole assez limitée qui ne leur permet pas toujours d'exprimer concrètement et sereinement leur ressenti et leur vécu au travail. Et ce alors qu'ils sont plus syndiqués que la moyenne des salariés français. Dans les faits, ils adoptent une attitude qui consiste à dire que tout va bien, qu'ils peuvent tenir le coup, qu'ils ont la carrure... Alors que réellement, ils se perçoivent souvent comme les oubliés dans l'entreprise en matière de qualité de vie au travail. On ne s'intéresse pas à leurs conditions de travail alors qu'on met en oeuvre des politiques de prévention pour les autres collaborateurs qui sont souvent pour les cadres une source de travail, de responsabilités et de stress supplémentaire".
Pour Denis Monneuse, les cadres sont donc les grands oubliés de la SST en France. "D'autant plus qu'ils parlent assez peu de leurs problèmes avec leurs amis ou conjoint. Et les syndicats ne jouent pas toujours leur rôle de lieu d'expression du mal-être au travail. Ils sont plus une instance régulatrice dont se servent les cadres lors de négociations générales dans l'entreprise. Or le statut des cadres a changé en France par rapport à ce qu'il était dans les années 30 lorsqu'il est apparu. A l'époque, on pouvait réellement parler de cadre-dirigeant, constate le sociologue. Aujourd'hui, la notion de cadre est plus floue et recouvre de moins en moins cet aspect management. Les cadres sont moins proches de la direction de l'entreprise, ils sont moins associés aux décisions. Alors que leur nombre a fortement augmenté.Le statut de cadre s'est banalisé et généralisé. Ce qui l'a d'évalué aux yeux de beaucoup de managers. Parallèlement à cette banalisation du cadre et sa perte de prestige, les cadres sont de plus en plus soumis à ce qu'ils appellent le 'management Excel'. Ils ont le sentiment de n'être plus managés que via des tableaux Excel, via des chiffres et des objectifs définis loin d'eux, par une direction qui ne les associe plus à ses décisions".
Alors que faire ? "Selon moi, il faut redéfinir à ce qui relève du management et du non-management, conseille Denis Monneuse. Redéfinir ce qu'est un manager et un non-manager. Il faut supprimer le statut de cadre et le remplacer par celui de manager pour ceux qui encadrent vraiment. On pourrait aussi imaginer la création d'une sorte d'Ordre des managers - à l'image des Ordres des médecins ou des notaires - qui deviendraient des organismes réellement représentatifs dans lesquels ils pourraient s'exprimer, échanger avec leurs confrères... Et qui pourraient parler en leur nom".
* Denis Monneuse vient de publier un livre sur la question du malaise des cadres au travail intitulé "Le silence des cadres. Enquête sur un malaise".

 

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