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8 avr. 2020 11:46:00

Masques et EPI. Les leçons de la pénurie

La crise du Covid-19 met en lumière, cruellement, la forte dépendance de la France en matière de masques, évidemment, mais aussi de certains autres équipements de protection individuelle comme les blouses, gants, surchaussures... Il faudrait se poser, une fois l’épidémie jugulée, la question de relocaliser en France une partie de la production de certains EPI « stratégiques » afin de permettre à la France d’être auto-suffisante, si cela est possible, lors d’événements de cette ampleur.

L’exemple des masques est particulièrement révélateur. Confronté à la pénurie, l’Etat a été contraint, d’une part, de réquisitionner la production nationale de masques et, d’autre part, de passer d’importantes commandes à l’international pour renflouer ses stocks. La Chine est, à cette occasion, devenue l’acteur majeur de ce marché. Rappelons à ce sujet, que l’Empire du Milieu et Taïwan représentaient déjà, avant la crise, 70 % de la production mondiale de masques !

Une telle situation, à l’évidence, ne peut pas durer. Et tout le monde est au moins d’accord sur un point : notre pays se doit de se donner les moyens de redevenir souverain et autosuffisant pour certains EPI. Le Président de la République l’a d’ailleurs reconnu à l’occasion de sa visite de l’usine Kolmi-Hopen, filiale de Medicom, un des principaux producteurs de masques en France : « Il nous faut aussi, et à mes yeux aujourd’hui avant toute chose, produire davantage en France, sur notre sol. Produire parce que cette crise nous enseigne que sur certains biens, certains produits, certains matériaux, le caractère stratégique impose d’avoir une souveraineté européenne. Produire plus sur le sol national pour réduire notre dépendance et donc nous équiper dans la durée. »

L’autosuffisance est-elle possible ?

Une question se pose donc : la France peut-elle redevenir autosuffisante en ce qui concerne la production des masques ? Certains le pensent à l’instar du commissaire européen Thierry Breton : « Dans les mois qui viennent, l’objectif c’est d’être autosuffisants en production de matériel de protection des personnels de santé. »

Avant de juger de la possibilité d’atteindre cette autosuffisance, parlons chiffres. On estime à 40 millions de masques par semaines nécessaires pour le personnel soignants. S’y on y ajoute les besoins exprimés par d’autres professionnels (agents de sécurité, employés de la grande distribution, salariés travaillant en équipes, transports publics…), combien faudrait-il produire de masques en France ? Et les quatre usines encore présentes sur le territoire nationale (les Français Macopharma, Segetex et Paul Boyé Technologies, et le Canadien Kolmi Hopen) en seraient-elles capables ? Elles ont certes déjà multiplié leurs capacités de production pour atteindre 40 millions d’unités par mois. Mais cela est-il suffisant ? A l’évidence non.

Par ailleurs, tous les efforts des fabricants qui comme Jacques Boyé, dirigeant de Paul Boyé Technologies, plaident « pour que les masques - produits stratégiques - continuent d'être fabriqués en France », seront vains si l’Etat ne change pas de doctrine.

Engagement fort de l’Etat

Il faudra tout d’abord constituer un stock stratégique de masques digne de ce nom et ne plus accepter la fermeture de certaines usines de production comme cette PME Bretonne, installée à Plaintel (Côtes-d’Armor), qui pouvait en fabriquer jusqu’à 220 millions par an, fermée (les lignes de production étant relocalisées en Tunisie), après avoir été rachetée par le groupe américain Honeywell, en 2018. Et ce alors que l’entreprise, avait signé en 2005, un protocole d’accord avec le ministère de la Santé portant sur la fabrication de 180 millions de masques.

Il lui faudra donc aider au rapatriement de la production en France et commencer à repasser des commandes massives auprès des fabricants français. Sans ce soutien de l’Etat, les usines françaises auront du mal…

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